9 Fotos que valen más que palabras Cuéntame tu viaje
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France 1940: Exode en vélo
Le Tourmalet Les hasards de l’histoire ont voulu que la classe 21 ne soit pas appelée sous les drapeaux puisque en 1941-42, l’armée française sur le territoire national n’existait pas après la défaite de mai 40. J’étais alors au Lycée du Mans où le Lycée St Louis de Paris avait été replié pour cause de guerre et de risques de bombardement sur Paris. A l’approche des allemands et il ne me restait plus qu’à faire comme les autres français, mes parents en particulier dont je ne connaissais pas l’odyssée (1), c’est-à-dire partir vers le sud, ce que nous fîmes avec l’ami Dubroeucq. Notre exode se fit à 50 à l’heure, en accrochant au besoin des camions militaires belges. Nous fîmes successivement étape à Saumur, à Poitiers, à St Emilion, à Laugon puis à Mont de Marsan, où nous couchions dans une clinique de maternité dirigée par le père d’un de nos camarades de Lycée du Mans. Nous avions évité La Rochelle qui était déjà gardé par la marine allemande, nous espérions encore sur Bayonne. Dans notre Nuit de Mont de Marsan, nous fûmes réveillés au petit jour par les avant-gardes motocyclistes des allemands. Adieu Bayonne. Pourtant dans la journée, nous décidions d’y faire une reconnaissance. Munis de notre recommandation permanente que nous avait confiée par écrit notre proviseur du Mans, nous fûmes hébergés au Lycée de Bayonne mais à 5h du matin nous fûmes reveillés par les fifus teutons qui campaient dans le parc du lycée. Impossible donc de passer les Pyrénées ou de nous embarquer, et nous nous repliâmes sur la zône libre. Sans tarder, nous remontâmes sur Mont de Marsan pour prendre conseil auprès de la Préfecture. On nous fit savoir que Monsieur le Préfet était trop occupé depuis le passage des Allemands et qu’il ne pourrait nous recevoir. Nous eûmes la chance, - qui nous accompagnait depuis pas mal de temps -, que Madame la Préfete veuille bien nous faire remettre un mot de recommandation pour un abbé de la banlieue de Mont de Marsan. Ce brave ecclésiastique, sans doute touché par notre aventure, nous reçut royalement avec petit verre d’Armagnac comme remontant. Il nous fit à chacun un mot de recommandation pour deux familles différentes. “Chère Madame, c’est la Providence qui vous envoie ce jeune homme qui sera très précieux pour les révisions du bac”. Muni de ce viatique, j’arrivai à Villeneuve de Marsan, en zône libre, dans la famille Mandron où je fus reçu comme un fils. Guy, le fils aîné, était très sympathique et avait la passion du vélo. Pour obtenir de lui quelques efforts sur ses programmes du bac, il fallait que je mette en balance ma participation aux entrainements quotidiens qu’il faisait avec son vélo, et parfois de refuser les sorties de week-end que nous faisions ensemble dans les Pyrénées. C’est ainsi que j’ai pu decouvrir les grands cols du Tourmalet et d’Aspin. Je fis d’ailleurs une chute brutale dans le premier virage après le passage du col du Tourmalet. Ça allait vraiment trop vite!... Après avoir passé juin et juillet dans la famille Mandron, je remontai sur Prouais en passant par Toulouse, Tulle et Vichy, où je retrouvai mon ami Marc Mahon qui était avec moi au Mans (2). Puis je repassai la frontière zône libre-zône occupée à Moulins sur l’Allier pour ma dernière étape de Cosne sur Loire à Prouais, en passant par Rambouillet: 350km dans la journée, mon record, battu grâce à l’aide de quelques camions derrière lesquels je m’accrochai. Je n’ai pas besoin de dire quel fut l’accueil quand j’arrivai à Prouais où je n’étais pas attendu, car je n’avais aucun moyen d’annoncer mon arrivée. C’était en pleine moisson et cette année-là, la “passée d’août”, c’est-à-dire la fête des moissons fut bien célébrée. Extrait des mémoires de Robert Barbot (1/11/07) (1) Mes parents firent comme les gens de l’Aisne en 14, ils quittèrent leur ferme pour aller se mettre à l’abri derrière la Loire. Ils franchirent la Loire avec tout leur équipage à Meung sur Loire où les allemands les rattrapèrent. Une fois les troupes passées, mes parents purent rentrer chez eux où le vieux vacher qui avait fait la guerre de 14 et qui, disait-il, n’avait plus rien à craindre des Frigolins (nom qu’on donnait aux Allemands prénommés Fritz) et qu’on appela plus tard les Ch’leuhs – était resté pour s’occuper des vaches qu’il fallait continuer à traire tous les jours. (2) Beaucoup d’Alsaciens étaient passés en zone libre et Marc avait pu se réfugier chez des amis de son père, qui était inspecteur SNCF sur la ligne Strasbourg-Paris, poste qu’il mettait à profit pour faire passer des prisonniers de guerre évadés en les cachant dans des caisses des fourgons de marchandises.
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