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Notre
voyage de noce (3)
G.jpg)
Copyright photo: Nelisa (mine de charbon en Lorraine)
Au pays des gueules
noires
Après être passé par Epinal et Nancy, il aura fallu
environ une heure trente à notre train pour parcourir les cent vingt
kilomètres entre Remiremont et Metz, la capital économique de la
Lorraine. Juste le temps pour nous de grimper dans l’omnibus desservant
tous les pays miniers. Moins d’un quart d’heure plus tard, avec beaucoup
d’autres voyageurs, notamment de jeunes étrangers aux accents
méditerranéens, nous descendons sur le quai de la gare de Faulquemont.
(…) Sur un terre-plein légèrement pentu,
nous remarquons des constructions modernes, genre maisons bourgeoises,
entourées de pelouse.(…) Quelques enjambées et nous apercevons Nikou,
l’épouse de Robert, sur le seuil de la maison. Elle tient sa petite
Martine dans les bras.
Le programme des
sorties prévues par Robert:
(… ) Jeudi : visite de la mine. Marie-Thérèse se
contentera de découvrir avec nous les installations extérieures à
commencer par le cerveau de cette grande industrie minière, le bureau
directorial, le laboratoire, la tour de ventilation, la station de
pompage et, enfin, le carreau de tri du charbon et l’expédition par
catégorie aux clients.
Vendredi : Raymond m’accompagnera dans ma visite au
chantier d’extraction à moins six cents mètres sous terre, les femmes
n’étant pas autorisées à y descendre. Marie-Thérèse passera son temps
avec Nikou et Martine. Avec notre voiture, elles auront tout loisir de
visiter l’arrière-campagne.
Samedi : grande journée de sports et de loisirs. Le
matin, un tournoi de foot sera disputé entre deux équipes de mineurs :
l’équipe de Faulquemont affrontera la redoutable équipe de Bouzainville.
L’après-midi, précédés de la fanfare municipale, St Nicolas suivi du
Père Fouettard viendront récompenser les enfants gentils ou fouetter les
garnements méchants. Dans les pays de l’Est, la fête de St Nicholas est
plus fêtée que la solennité de Noël dans les milieux populaires.
La descente au fond
(…)
Avant de descendre dans la mine, Robert me dit :
- Suis-moi,
nous allons changer de tenue dans la salle des pendus, nom donné par les
mineurs aux vestiaires.
Chaque mineur dispose d’une clé numérotée qu’il
conserve précieusement. Il ouvre un cadenas lui permettant de faire
descendre son treillis de travail accroché au plafond au moyen d’une
chaîne s’activant sur une roulette qui remonte ensuite ses vêtements de
ville. Il referme son cadenas et le tour est joué. Maintenant on passe à
la lampisterie pour fixer sur notre casque une lampe électrique
puissante. Ayant imité les gestes du beau-frère, à mon tour, je suis
devenu mineur agréé pour descendre au fond. Tous les mineurs de cette
fournée sont là, soixante hommes qui vont se répartir sur trois étages.
L’ascenseur effectue sa descente à raison de douze mètre par seconde
pour les hommes et seize mètres pour le charbon.
Un signal sonore et la cage de l’ascenseur se
referme. Un deuxième signal et, tel un bolide, notre cage nous entraîne
vers le vide. Il nous a fallu quelque huit minutes pour atteindre le
quai d’arrivée à moins six cents mètres. Les portes s’ouvrent
automatiquement. Me prenant par le bras, Robert me confirme que nous
sommes arrivés.
- Je
dois rencontrer les porions, contremaîtres mineurs au chantier
d’extraction.
Alors que nous empruntons un long tunnel très
éclairé, un vent violent provenant de la tour d’aération nous bouscule.
Ce courant d’air est ralenti tous les cinquante mètres par des portes de
bois aux fermetures automatiques. Ce tunnel sert de moyen d’accès pour
permettre le passage de la berline amenant mécaniciens et pièces de
rechange nécessaires pour assurer la maintenance de la haveuse. Cette
énorme machine dirigée à distance, munie d’un tambour à griffes, tourne
très vite. Elle arrache le charbon de la veine exploitée. Une auge,
énorme par ses dimensions, équipée de ralentisseurs, canalise les
matériaux sur un gigantesque tapis roulant conduisant la marchandise
directement dans des berlines transportant ce charbon dans des
wagonnets. Par six, ils sont emmenés par l’ascenseur sur le carreau de
la mine pour être triés et lavés. Robert, en tant qu’ingénieur
responsable de la sécurité, est particulièrement attentif puisque
l’existence de plusieurs centaines d’hommes dépend de sa vigilance.
Le travail d’inspection terminé, avec d’autres
mineurs nous remontons à la surface. Nous passons aux douches
collectives. Une vraie pluie d’orage à bonne température nous tombe
violemment sur le dos. Un shampooing enlève toute trace de souillure.
Passant dans une pièce voisine, douce surprise, un énorme séchoir est à
notre disposition. Il ne nous reste plus qu’à nous rhabiller. Qui l’eût
cru ? Nous sortons frais et propres de cet univers de sueur et de
poussière.
1ère étape,
2ème étape,
4ème étape
Raconté par Raymond Morizeau (posté
le
20-06-2008)
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