|
Notre
voyage de noce (2)
Etape de 24h à Remiremont, chez un ami
vosgien
Pour des gens de la plaine,
transplantés en quelques heures dans un pays de montagne, le dépaysement
est complet. Malgré les nuages bas, côté Est nous apercevons les massifs
montagneux des ballons d’Alsace. Telle une sentinelle, du haut de ses
1.362 mètres, le Honneck domine toutes les vallées.
Descendant du
train, nous interrogeons un employé de la gare :
- Monsieur
s’il vous plaît, pourriez-vous nous indiquer la route du hameau La
Croisette de Remiremont ?
Interloqué, ce monsieur nous demande :
- Mais
dites-moi, jeunes gens, avez-vous un moyen de transport ? Auto ou
maringotte à cheval pour vous conduire ? Cet endroit éloigné se trouve à
une dizaine de kilomètres et en pleine montagne.
- Non,
Monsieur, mais d’un bon pas, nous aurons vite fait d’arriver chez notre
ami. D’ailleurs, il nous attend pour souper.
- Vous
voulez rire ! Même en marchant allègrement par la route départementale,
il vous faut compter deux bonnes heures. A moins d’être de la région à
la nuit tombée vous ne trouverez jamais ce lieu perdu dans des
contreforts montagneux.
Et il ajoute :
- Vous
avez intérêt à dormir à l’hôtel de la gare et à partir demain matin.
Avec un peu de chance vous arriverez pour midi.
Prenant pour argent comptant son avis plein de sagesse,
nous décidons de coucher à l’hôtel de la gare. Aux aurores et après une
bonne nuit, nous partirons chez notre ami. Cependant deux soucis nous
tracassent. Sans téléphone, il est difficile de prévenir notre ami.
Ensuite, ces dépenses imprévues vont sérieusement entamer notre
budget-vacances calculé au plus juste.
Ne perdant pas nos bonnes habitudes de paysans,
nous sommes debout très tôt. Après un solide petit déjeuner lorrain
composé de charcuteries et de fromage, nous réglons notre note. Sacs à
dos accrochés aux épaules, valise tenue solidement à bout de bras, nous
voilà partis.
Par ce matin frisquet et chargés comme des
baudets, nos performances de grimpeur s’amenuisent. De plus la route
déserte n’en finit pas de monter. Après quelques kilomètres et un regard
complice, dans un ouf ! de soulagement nous nous asseyons sur le rebord
d’un route de montagne.
Un spectacle féerique s’offre à nous : de
magnifiques bouleaux aux écorces argentées contrastent avec les grands
sapins, maîtres incontestés des forêts vosgiennes. Dans le calme
impressionnant, quelques bruits furtifs : des écureuils dégringolent sur
le sol, des oiseaux se chamaillent dans les halliers et le clapotis d’un
ruisseau tel un filet d’argent, s’écoule en cascade. Devant toutes ces
magnificences, dans notre prière du matin, nous rendons grâces au
Créateur.
Après un repos mérité, nous poursuivons notre
marche. En plus de nos sacs à dos, le poids de notre valise devient
pénible. Eurêka ! Nous trouvons une astuce. Nous passons à travers la
poignée de notre armoire ambulante un rondin de bois et nous tenons
chacun l’extrémité. Soulagés, nous poursuivons notre marche sur cette
route en lacets qui grimpe toujours plus haut. Nous adoptons la marche
tranquille des montagnards, avec de grandes enjambées lentes et
développées. Nos efforts sont récompensés. Au détour d’un virage, nous
découvrons enfin un coin habité.
Construits sur un terre-plein, au flan de la
montagne, plusieurs grands chalets massifs barrent l’horizon. Ces
constructions, particulières aux pays de montagne abritent bêtes et gens
sous le même toit pendant l’hiver. Les précipitations neigeuses
empêchent toute circulation et la vie se confine à l’intérieur.
Apercevant la porte du logement entrouverte, nous
avançons. Le sourire aux lèvres, une femme d’une cinquantaine d’années
s’avance vers nous,
- Les
amis de Bernard, sans doute ?
Le parcours du
combattant
(…) Dès six heures, le lendemain matin, nous sommes prêts
à repartir pour Metz via Nancy. Il nous reste tout juste une heure
trente.
- Bernard,
jamais on y arrivera !
- Bien
sûr que si. En pressant le pas et en allant tout droit par le chemin
forestier, vous serez surpris d’arriver en moins de deux heures à la
gare.
Ce retour est organisé comme une épreuve
sportive. D’abord nos bagages : sacs à dos et valises sont
minutieusement répartis.
- Suivez-moi
en file indienne, nous crie notre guide qui balise le chemin avec le
pâle halo d’une torche électrique.
C’est un véritable parcours du combattant parsemé
de pièges qu’il faut déjouer : branches d’arbres qui nous cinglent le
visage, ruisseaux qu’il faut enjamber sans se mouiller les pieds. Le
cauchemar touche à sa fin quand, à travers le feuillage, nous apercevons
la gare éclairée.
La locomotive, réapprovisionnée en eau et
charbon, dégage d’épaisses volutes de fumée. Dix minutes avant l’heure
de départ, nous tendons notre billet au contrôleur.
- Au
revoir Bernard et merci pour tout !
- Bonne
route et bon séjour dans l’Est de la France, surtout au pays des gueules
noires, chez le frère de ta femme.
1ère étape,
3ème étape,
4ème étape
Raconté par Raymond Morizeau (posté
le
20-06-2008)
|