9 Fotos que valen más que palabras Cuéntame tu viaje
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Un serpent de fer au milieu du désert
Le Fer. Ou plutôt l’Enfer. Prendre le train mauritanien qui relie la ville minière de Zouérate au port de Nouadhibou, sur la côte Atlantique est une expérience éprouvante. Humainement riche, mais physiquement éprouvante. On oublie le confort des banquettes matelassées, de la climatisation mal réglée. Il n’y a rien de tout cela dans ce train si particulier. Il faut accepter d’être sans cesse brinquebalé, secoué, agité au cours des 18 heures que dure ce périple au milieu du désert. Il faut accepter de voyager dans la crasse, la poussière, la saleté. Le tout bien sûr sans eau, ni électricité. Tout à fait en queue de train, environ 2 kilomètres derrière la première locomotive et derrière les 200 wagons de marchandises remplis de minerai de fer, se trouve un wagon unique pour les passagers. Il faut compter 2.500 ouguiyas, soit environ 7 euros, pour avoir le droit d’y grimper. Pour pouvoir relier les deux villes mauritaniennes, privées de la modernité d’une route goudronnée. Certains passagers plus téméraires et moins fortunés s’installent directement au sommet des tas de minerai, dans les wagons de marchandises. Le voyage est alors gratuit. On distingue à peine leurs regards sous leurs foulards soigneusement entourés autour de leur visage. Passées les premières minutes d’inspection des lieux, la rencontre avec les autres passagers est facile, naturelle. Dans le wagon, on croise des sahraouis, venus du sud de l’Algérie voisine. Des Sénégalais, montés de Saint-Louis ou Dakar pour écouler bijoux et objets d’art. Des Mauritaniens en transit aussi. Parfois la tension monte. En raison de la chaleur, de la promiscuité, de la fatigue, de l’ennui aussi. On s’attrape pour une vue obstruée, pour un bagage mal rangé. Et puis ça passe. Finalement, à quoi bon s’énerver ? Ne sommes nous pas tous dans la même galère ? Jamal, le cuisto à la mine chiffonnée prépare sans sourciller ses tajines et ses sandwichs aux oignons. C’est lui la mascotte du wagon. Tout le monde le connaît. Il s’est approprié les lieux comme une seconde maison. Il lui bien manque quelques dents, le pauvre, mais il a le rire facile. C’est un bon gars qui aime son métier. Le jour décline doucement. Le roulis du train semble en bercer certains, malgré les chocs violents qui ponctuent le trajet. Dehors : le sable à perte de vue. Et juste au dessus de nos têtes, un nuage de poussière de fer. Passée la montagne de Choum, l’horizon se fera désespérément plat. Jusqu’au petit matin. Etat des troupes à l’arrivée : épuisées, harassées, remuées. Chacun puise dans ses réserves un dernier souffle pour décharger les volumineux bagages à travers les fenêtres. Les yeux, les oreilles et le nez, eux, sont infestés de particules de fer. Face à nous, la vue de la Grande Bleue parviendra tout de même à nous arracher un sourire fatigué.
Envoyé par
Manon et Vincent (10-12-07) |
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