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Bolivie: Le Salar d'Uyuni en vélo
Le salar d'Uyuni. A 3650 mètres d'altitude il s'agit du plus grand lac de sel au monde. Il y a 10 000 ans se trouvait ici un gigantesque lac. Il s'est asséché et a laissé une importante couche de sel (pouvant atteindre 100 mètres selon les boliviens rencontrés : a verifier donc !!). On m'a dit à Lica que je traverserai le lac en 4 heures à vélo. C'est le temps qu'il faut pour le faire en voiture... Je pense avoir besoin de deux jours. Midi, km 0. La piste est terminée, devant moi l'infini. Je me lance sur le sel avec beaucoup d'émotion et d'appréhension. Deux jours de sel sont a venir, et ce matin le vent me vient de face. Sur cet espace parfaitement plat, la piste va se perdre derrière la rondeur de la Terre, donnant cette impression de gravir une interminable montée. Le vent qui me vient de face amplifie cette illusion. Illusion oui, car ce salar est plat, désespérément plat. Et pourtant jamais la Terre ne m'a paru si ronde. Alors j'avance vers ce sommet qui n'existe pas, vers cette descente qui ne viendra jamais. Mon esprit est en ébullition. Il lui faut être actif pour pouvoir s'extirper de cette blancheur. Je pense à tout, à rien, peu importe. Penser. On serait surpris de me voir sourire, rire, m'esclaffer parfois. Car ce sont de belles choses qui me viennent à l'esprit, me rendant ainsi heureux. Et ces pensées me permettent de ne pas me faire ronger par ce sel, tel un être inanimé, rouillé. S'arrêter pour manger et me dégourdir les membres supérieurs. Oui, mais où ? Quand ? Dans d'autres lieux on a toujours un repère. Le pied d'une montée pour se délester d'un peu de poids. Ou son sommet pour profiter du panorama. Un croisement, un lac. Ici, j'ai bien cette île en point de mire. Mais il m'est impossible de savoir à combien de kilomètres elle se trouve. 20, 40, 60 km ? Alors mon compteur est mon seul repère. Je me fixe un arrêt tous les 15 km cette fois ci. Je m'efforce d'en faire toujours un peu plus, preuve que le salar n'a pas encore eu raison de ma volonté. km 15,1, 13h00. Je consomme mes provisions avec parcimonie, car il va me falloir tenir encore deux jours. Un pain, une banane, trois gorgées de cola Gipsy (light s'il vous plait !) et de l'eau à volonté (je suis chargé de 8 litres et j'aurai un ravitaillement au milieu). km 30,5, 14h30. Cela fait 10 kilomètres que j'ai quitté la piste pour me diriger droit vers l'ile que je vois depuis le départ. Tel un brise glace sur la banquise, Teresa, crampons en avant, casse les renflements de sels qui s'opposent à notre avancée. Cette ile doit être l'ile Pescado. Sa base est grignotée par un effet d'optique. Elle baigne dans une eau qui n'existe pas. A sa gauche (au nord) un rocher flotte dans les airs et s'agite avec le vent. Le salar est un grand illusionniste, qui nous fait voir des choses impossibles. En route j'ai trouvé une bouteille de bière, vide. Bouteille jetée à la mer et échouée par un temps de sécheresse. La stupidité de l'homme qui l'a laissé a alourdi davantage mon chargement. où se trouve la prochaine poubelle ? km 46, 16h00. Le vent s'est tue. De 12km/h je suis à 18. J'attends maintenant qu'il me vienne de dos. L'ilot rocheux qui flottait a maintenant posé pied à terre. Vu d'ici il ressemble a un énorme char américain traversant le désert irakien. L'île Pescado s'est nettement rapprochée. Je distingue des cactus dressés vers le ciel, épine dorsale de ce gros poisson echoué. A gauche deux petites îles sont apparues. Au loin j'aperçois le sommet de l'île des pescadores (île des pêcheurs). km 76, 17h15. J'ai retrouvé la piste entre le teck et le poisson (pescado). Le vent m'aidant j'ai décidé de rejoindre d'une seule traite l'île des pêcheurs. J'y suis une heure après. Trois gorgées de cola et une banane d'économisées ! Chose incroyable : je crève ! Je décide alors de m'arrêter manger . Un vrai dîner constitué de pâtes et de sauce tomate. Je sors avec grande fierté mon sel de Guérande. Petits grains de sel francais au milieu de ce monstre bolivien. Je planterai la tente non loin de là, sur les hexagones du salar. Le coucher de soleil est exceptionnel. Le salar s'embrase des derniers rayons de soleil, les cristaux devenant roses étincelants. Puis c'est au ciel de se parer de couleurs ravissantes. J'attendrai 2 heures du matin avant de pouvoir m'endormir, attendant que le vent se couche a son tour...
Le lendemain c'est Alfredo qui vient à ma rencontre. Il travaille sur
l'île et vient me chercher pour m'inciter a prendre des photos sur le
sommet de l'île, moyennant 10 bolivianos. Il m'affirme également que je
ne pourrai pas être à Uyuni ce soir, trop loin. Je compte pourtant y
être avant 17h00. Il m'annonce 160, il n'y en a que 100... Je resterai
finalement sur le salar a discuter avec Javier, guide touristique. Il a
reçu il y a plusieurs années chez lui Claude Marthaler, le plus célèbre
des cyclovoyageurs, et en garde un bon souvenir. Alors chaque fois qu'il
voit des cyclovoyageurs il se fait un devoir de leur sourire. Ce matin
son sourire est fait d'une part de gâteau et d'une salade de fruits !
Raconté par Julien Leblay
et posté le
20-02-2009
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