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Aux confins du Népal (2)

    
     Je suis chez Beni, un sherpa tibétain qui me raconte des histoires effroyables de tibétains fusillés par les Maoïstes chinois au
Tibet. Marié à une népalaise Tamang, il est un réfugié parmi tous ceux que l'on a rencontrés, éparpillés en Inde du Nord et au Népal. Il n'est pas le
plus mal loti : en tant que montagnard, il parvient à croiser ses parents de
l'autre côté de la frontière dans des contrées secrètes. Vu qu'il me l'a proposé, je le suivrais au Tibet si j'étais assez fou. Mais le Népal va déjà assez mal avec cette tension entre le gouvernement, les milices maoïstes disséminées aux quatre coins du pays et la population en souffrance - justement lésée par le gouvernement sur le coût de la vie - je ne vais pas aller me mettre en danger à la frontière tibétaine, encore plus avec un tibétain! Pour qui je passerais aux yeux des autorités?

     Comment ne pas les aimer, ces tibétains? Ils sont honnêtes et justes sur tous les points. Ils forcent l'admiration. C'est reposant, aussi. Quels contrastes encore, entre cette douceur trouvée au creux de la montagne et le centre du village où les hôtels scandent "come as a tourist, go as a friend", ce qui se lit dans les yeux des gens désespérés, qui multiplient les prix par deux. Les gamins des rues, garçons ou filles, t'apostrophent sans gêne pour te donner un coup de main, ils ont des regards mûrs qui sentent la malice autant que la douleur du vécu, ça me cloue, franchement! 

     Le Népal, dans la montagne, c'est aussi les gars de l'armée qui font leur
footing à 6h du mat sous notre nez avant qu’on aille retrouver la majesté des
Himalayas. Dans la brume de la mousson qui se termine.

     C'est aussi une population inspirée, presque coincée entre deux cultures, mêlées dans une étonnante symbiose d’un quartier à l’autre : l'hindouisme reste majoritaire, avec ces temples où l'occidental rentre une fois sur deux selon la tolérance, les mêmes ascètes chevelus qu’en Inde qui scrutent tout votre être et vous proposent de fumer le chilom pour se connecter au divin. Ce sont aussi les népalaises en sari qui semblent "imiter les indiennes" tellement les codes culturels de leur pays voisin se retrouvent, du moins dans les grandes villes comme Patan ou Katmandou.

     D’un point de vue touristique, la différence entre un temple bouddhiste et un temple hindouiste est que dans le premier vous êtes le bienvenu dans tous les cas alors que dans le second, il peut arriver que seuls les hindous soient admis. Les stupa n’existent pas sans ces processions envoûtantes qui en font le tour trois fois... dans ces endroits, nous sommes au cœur du Tibet. Avec tous les réfugiés qui ont réussi à s'en sortir.

     Aussi amoureux des népalais que des indiens et des tibétains, je m’en rends compte que le monde change et que le capitalisme a triomphé: boire du coca cola, foncer à moto, imiter les vêtements de l'occident et les films américains, beaucoup de ces signes d'ouverture au monde extérieur sont aussi les pièges du conformisme dans lesquels ils basculent.

    Le Népal, c'est aussi ... Katmandou: ses motards fous qu'il faut trop
souvent esquiver, ses marchands qui racolent somme toute autant que les indiens, ses lumières, ses couleurs et ses musiques branchées, c'est une ville qui oscille entre le modernisme et les vieilles traditions, c'est un chaos qui ne peut se résumer.
                                                 
1ère partie

             Copyright texte et photos: Jérôme Froment (posté le 10-08-2008)