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Vélo écolo sur le Cézallier

                                                                                                                         Copyright photo David Genestal

     Imaginez de vastes plateaux d'herbe rase battus par les vents, des chapelets de sommets arrondis abritant les vestiges d'anciens volcans, des kilomètres de petites voies cabossées se faufilant entre ciel et terre. Un décor immense, aux limites indistinctes, où quelques fermes isolées viennent à rappeler que la vie humaine s'est malgré tout installée dans ces lieux qu'on peut sans doute qualifier de derniers espaces sauvages de France. Ce pays, c'est le Cézallier, une petite enclave naturelle qui s'est créée au coeur de l'Auvergne, dans le département du Cantal, et que nous avons choisi pour servir de cadre à ce nouveau projet.
 

     Un choix au demeurant peu surprenant car Julien, l'initiateur de cette aventure, connaît bien le plateau pour lui avoir consacré deux ans d'études dans le cadre de son cursus de géographie. Une connaissance qui est loin d'être partagée par le public. Aussi devenait-il passionnant de réhabiliter le Cézallier tout en posant cette question : à l'heure où les destinations exotiques sont démocratisées par les média, où le voyageur, pour sortir de l'anonymat, doit repousser les limites au péril de sa vie, était-il possible de faire rêver les gens par des aventures simples et proches de nous ?

     Nous avons, Julien et moi, répondu oui à cette question, affichant une volonté commune de faire vivre le voyage-aventure autrement. Pour l'occasion, une problématique autre que la seule découverte régionale et culturelle a été développée.
 

     Au cours de nos différents voyages, nous avons pu constater que l'environnement souffre énormément de la négligence des hommes à son égard. Personne n'est plus surpris de trouver les fossés et les champs truffés de détritus en tout genre.
La banalisation des déchets sur le bord des routes ou éparpillés dans la nature est intolérable. Outre le parjure qu'elle constitue à l'égard de cette Terre qui nous nourrit et nous abrite, elle est aussi le plus mauvais des exemples que nous pouvons donner à nos propres enfants. Mesurons-nous seulement l'impact que ces gestes inciviques peuvent avoir sur l'environnement ? Et pouvons-nous réellement imaginer le volume représenté par ces déchets livrés à la nature ?

     L'étape du dimanche fut sans aucun doute un morceau de choix sur l'ensemble de cette semaine. La plus longue pour commencer, la plus variée pour continuer et aussi la plus folle pour terminer. La première partie, de Neussargues à Allanche, va s'effectuer sur une route départementale sur laquelle nous ramasserons un grand nombre de déchets. Le plus récurrent parmi eux : le paquet de cigarettes. Vient ensuite la bouteille en plastique et la canette.

     A Allanche, capitale du Cézallier, nous admirons la sculpture en basalte symbolisant le pastoralisme et la vie des estives. Un ciel voilé nous fait cependant nous presser vers Marcenat, dans la crainte d'un orage. Nous y rencontrons Jeanne, une habitante de 94 ans, qui nous brosse un portrait morose de la vie disparue des villages. Malgré des initiatives locales, les communes jadis dynamisées par le commerce et l'agriculture se vident. Les jeunes les quittent, laissant vieillir leurs aînés et fleurir les résidences secondaires.

     Au sommet de l'éprouvante côte de Montgreleix, nous nous réfugions à l'auberge du Chamaroux pour échapper à l'orage. Nous y faisons la connaissance de la bande à Marianne, une équipe de joyeux drilles à la langue bien pendue. Malgré la menace de la pluie, nous décidons de tenter la traversée des estives en direction du Mont Chamaroux. Sur la carte aucun sentier n'est visible et on nous dit qu'il y a des clôtures à franchir. Bref, ça ne sera pas facile mais ça aura le mérite de sortir de l'ordinaire.

     Nous nous y élançons, silhouettes à peine visibles qu'engloutit de plus en plus la masse imposante du Chamaroux. Nous y serons poursuivis par un troupeau de soixante Salers et devrons plus d'une fois basculer les vélos par-dessus les rangées de barbelés. Ça secoue, ça dérape, ça tangue : c'est du vrai sport ! Malgré la carte, on finit par s'écarter du bon chemin, naviguant au milieu des grandes herbes sous le regard faussement passif d'énormes taureaux que nous prenons soin d'éviter.

    Mon vélo fait des siennes, un orage cataclysmique s'abat au loin sur le Cantal : il va s'agir d'arriver vite fait à la Godivelle. Ce que nous faisons, montant la tente sous la pluie. Une installation aussi hilarante que chaotique, suivie d'une séquence strip-tease sous les yeux incrédules d'un pêcheur.

    Quelle étape !

Raconté par David Genestal (posté le 20-1-2009)
D'autres récits sur
www.astrolabe-asso.org/

 

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