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Madagascar : La Côte de la Girofle
 

      Il fait un temps magnifique, la chaleur malgache étant atténuée par les alizées. Passagère sur une moto, je pars pour 100 km de route vers le Nord de Tamatave.  

     Les motos sont pilotées par de vaillants chevaliers, magiciens de l’acrobatie, du slalom entre les mares boueuses, de l’attaque des ornières ensablées par un foutu sable blanc qui fait déraper, glisser, s’enliser, et puis de l’assaut de la piste qui devient roc, que la moto escalade, rue, se braque pour enfin se redresser laissant les épaules en lambeaux et  les tripes sérieusement secouées.

     Cet enduro dure 7O km et 2 jours. Mais il faut dire que tandis que nous chevauchons nos monstres à moteur nous suivons la côte de la girofle. Elle cache de très belles forets primaires constituées de troncs enchevêtrés gigantesques, des lianes folles et quelquefois sur le flanc des arbres poussent des orchidées à faire pâlir de jalousie celles de mon jardin d’hiver, d’ailleurs tout est de la demesure végétale.

     La piste, je devrais dire la RN 5, traverse de nombreux  cours d’eau: pour les plus larges nous mettons les motos sur deux pirogues attachées, nous avec, ça tangue un peu. Au début, c’est pas très rassurant, mais je finis par m’y faire et puis les paysages sont tellement somptueux, l’océan si bleu. Tantôt il s’écrase en bruyants rouleaux (les surfers vous prendriez votre pied), tantôt il s’endort sur des plages de sable blanc si fin, à l’abri des barrières de corail. Les cocotiers s’inclinent sur la baie... des cartes postales pour de vrai!

     Nous traversons des villages coquets, souvent fleuris, aux maisons construites sur pilotis, hautes et étroites, avec un petit balcon en bois, des murs en raphia tissé et le toit en ravinala. Les enfants nous crient des salut vazaha. Nous rencontrons des pêcheurs portant de très beaux poissons au bout d’un long bambou (ils peuvent marcher 2 jours aller, autant pour le retour, pour vendre leur pêche). Nous trouvons toujours une gargotte où boire un café "quand il a été livré" et manger un plat de riz avec du poisson, et de délicieux beignets de légumes. 

     Nous arrivons un soir chez Pascal, un ami. Il nous accueille dans sa presqu’île du bout du monde près du village de Manompana. Sa femme est descendante de pirates et elle a hérité de ce lieu vierge de toute civilisation. Ils l’ont aménagé et reçoivent des petits groupes de chercheurs ou d’étudiants travaillant sur la préservation de l'écosystème.

     A 100 m de la plage, on peut voir avec masque et tuba des quantités fabuleuses de poissons multicolores. Je me dis que si le paradis terrestre a existé, ça devait être là !!! Le soir, nous parlons près d’un feu qui se consume sous des myriades d’étoiles.

     Le lendemain, c’est notre avant dernier jour d’avancée dans le Nord et ce doit être l’apothéose de notre périple. Une triade d’îles à une heure de pirogue de la côte, ça veut dire, (les marins le comprendront) une heure en équilibre; dans des troncs creusés, et cela en haute mer. Nous nous sentons bien petits dans nos coquilles de noix et les piroguiers nous ont recommandé de rester  tranquilles.

     Nous accostons enfin et les émotions de la traversée sont bien récompensées. Un atoll: la forêt et toute autour un lagon turquoise et au delà de la barrière de corail l’océan bleu profond et l’horizon bleu azur du ciel….. Oouaaa! .....Je n’ai jamais vu de paysage aussi beau..... Nous restons sans voix avant d’enfiler masques tubas et palmes.

      Plus tard, en mangeant notre riz à la sardine, nous constatons que nous n’avons croisé aucun touriste depuis notre départ. Mais oui, ça existe !

                                       Envoyé par Babeth Gressin (le 6-3-2009)

 

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