Le parc crétacé
d’Isona

"Vous avez dit…nosaures?"
demandent les petits plaisantins qui visitent le
musée d’Isona. C’est en effet dans le bassin
Dellà (province de Lleida), que l’on peut voir
des empreintes de dinosaures en pleine nature et
des œufs fossilisés in situ qui ont été pondus
par les plus grands reptiles de l’ère secondaire
Le "parc jurassique" catalan n’est pas un
montage cinématographique et son authenticité
fait l’unanimité. Pour se situer géologiquement,
il faut commencer par visiter le musée de la
Conca Dellà à Isona. Ce dernier se trouve tout
près de l’église du village, dans une rue
étroite entourée de maisons en pierre.
Au deuxième étage, les panneaux muraux rappellent que
l’histoire de la terre est divisée en cinq
grandes ères et qu’il y a 150 millions d’années,
c’était l’ère secondaire : la période des
derniers dinosaures. Le secondaire se divise à
son tour en trois étapes géologiques : le trias
marqué par trois phases de sédimentation, le
jurassique durant lequel se déposèrent des
couches calcaires dans le Jura, et le crétacé
qui correspond à la formation de la craie. C’est
précisément cette période qui a laissé des
traces extraordinaires autour d’Isona.
La Catalogne de cette époque-là était évidemment toute
autre. Il faut se l’imaginer sans les Pyrénées.
Son sol était plat, la mer couvrait de grandes
superficies et les dinosaures se promenaient
tranquillement en laissant leurs empreintes sur
un fond de sable mouillé. C’était longtemps
avant les bouleversements géographiques du
tertiaire et du quaternaire, qui allaient
révolutionner le relief ibérique. La nature
n’avait pas encore dessiné les courbes
montagneuses destinées à engloutir le sable avec
les empreintes des dinosaures, leurs os et leurs
œufs.
Quelques
traces de ce puzzle animalier s’étalent au grand
jour devant des visiteurs ahuris et des
paléontologues émus qui se chargent de
déchiffrer les fossiles laissés dans les
sédiments. Tout près d’Isona, on accède
facilement à une petite surface grisâtre - pas
plus grande qu’un potager - couverte
d’empreintes que les scientifiques attribuent
aux dinosaures, et que les curieux identifient
sans grand effort d’imagination.
Par contre, quelques kilomètres plus loin, à Basturs,
il faut faire appel aux yeux d’un expert pour
localiser et discerner les coquilles d’œufs
fossilisés incrustées dans un immense terrain
rocheux. Vous pouvez y aller seuls, bien sûr,
mais vous risquez de passer à côté des traces
paléontologiques sans vous en rendre compte, car
s’il ne faut pas de loupe pour les voir, une
bonne connaissance du phénomène est nécessaire
pour les reconnaître.
Avant de quitter ce lieu privilégié du Pallars Jussà,
suivez la route jusqu’à la ravissante chapelle
romane d’Abella de la Conca d’où l’on peut jouir
d’une vue panoramique sur cet héritage naturel
qui date du crétacé.