Catalogne:
Les douceurs d’Agramunt

Lo
Pardal
Agramunt est un petit bourg qui semble perdu au
milieu de l’immense effondrement géographique de
la comarque de l’Urgell. Vous en aurez
d’ailleurs un bel aperçu depuis la tour du Pilar
d’Almenara à quelques kilomètres du centre
urbain.
La danse rituelle de l’aigle couronné (l’animal le plus
emblématique du bestiaire catalan) inaugure les
festivités. C’est le coup d’envoi d’une
populaire foire aux artisans, qui rassemble des
potiers, des vanniers et des sabotiers venus de
loin pour y participer. Les étals du marché
ambulant sont couverts de gourmandises telles
que la coca de recatpe, une délicieuse langue de
pain plus ou moins croustillante, surmontée d’un
lit de légumes sur lequel reposent des sardines
ou des saucisses.
Sous le grand chapiteau, on assiste à la
préparation des "invités d’honneur". Ce sont les
épaisses tablettes de chocolat baptisées "chocolat
à la pierre", que l’on mange à la catalane,
c’est-à-dire sur un morceau de pain imbibé
d’huile d’olive et de pulpe de tomate.
Mais le roi de la fête est sans conteste le
turrón d’Agramunt, une sorte de nougat qui a ses
lettres de noblesse. Cette friandise ronde comme
une galette est un amalgame de fruits secs
cimentés par un mélange de sucre, de miel et de
blanc d’oeuf. Héritée des sucreries arabes, elle
porte un label officiel pour en garantir
l’origine et l’excellence (au moins 46%
d’amandes ou de noisettes pour la catégorie
extra, 60% pour la catégorie suprême).
L’effervescence gastronomique éclipse le temps
d’un week-end les trois perles artistiques
d’Agramunt : le porche roman de l’église de Ste
Marie, "Lo Pardal" (la maison du poète Guillem
Viladot) et l’Espace Guinovart installé dans un
ancien marché couvert construit par l’architecte
Domenech i Torres. Une pomme en fer (une
allusion à la vocation fruitière de la région)
indique l’entrée de "Lo Pardal" où le visiteur
est invité à déchiffrer ce que Guillem Viladot
appelaient ses "poésies-objets". C’est un puzzle
intellectuel qui juxtapose des compositions
surréalistes telles qu’une transfusion à un os…
ou une jarretelle de soie fleurissant sur un
bouquet métallique.
L’Espace Guinovart n’est pas moins insolite.
Inspirées par les souvenirs d’enfance de Josep
Guinovart qui a fui Barcelone pour se réfugier à
Agramunt pendant la Guerre Civile, les mises en
scène de l’artiste débordent de fantaisie en
recréant les couleurs des saisons dans les
champs et dans les bois. Devant l’Espace
Guinovart, une vague en métal rouillé évoque une
coulée de chocolat tandis qu’une balance pèse un
tas de sucreries qui alimente l’imagination, ne
gâte pas les dents et ne fait pas grossir. Un
délice visuel!